Gabriel Osmonde. Le voyage d’une femme qui n’avait plus peur de vieillir
“Elle souffre moins car elle vient de découvrir l’objet qui condense son malaise: sur la table à journaux, cette boule de verre à l’intérieur, un scorpion emprisonné dans la transparence de ce faux ambre, un souvenir de Sahara sans doute….Elle se sent elle-même plongée dans cette atmosphère molle, vitreuse, et qui se solidifie de plus en plus”.
Gabriel Osmonde
Chers lecteurs, lectrices, de l’univers interne d’une femme cassée, meurtrie et morte en vie nous passons avec Le voyage d’une femme qui n’avait plus peur de vieillir au monde de Laura Baroncelli, une autre femme, songeuse, calculatrice, spectatrice et critique de sa propre vie.
Ce beau portrait de femme racontée par un narrateur omniscient qui plonge dans le moi plus profond son personnage, Laura sur la quête du sens de la vie où défilent avec subtilité les émotions, les pensées secrétes, les faiblesses, la patience, l’espoir…
L’écrivain que nous découvrons ce mois-ci au Club et qui publie sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde n’est autre qu’Andreï Makine, né le 10 septembre 1957 à Krasnoïarsk, en Sibérie, d’origine russe et de langue française.
Auteur réputé et reconnu dans le monde littéraire au niveau international grâce à son quatrième roman, Le Testament français (1995), couronné par le Goncourt, le Médecis et le Goncourt des Lycéens.
Devenu orphelin en bas âge suite à la probable déportation de ses parents il est élevé en français par sa grand-mère et bénéficie de la double culture franco-russe et considère la France comme une langue mais aussi une culture.
Charles Baudelaire, Gérard de Nerval, Marcel Proust et Victor Hugo ont bercé ses ambitions d’écrivain et il excelle dans cette langue française qu’il a appris à aimer et à manier avec maitrise et reconnaissance.
En 1980, il obtient un doctorat de l’Université d’État de Moscou sur la littérature française contemporaine, puis s’établit en France en 1987 où il obtient la nationalité française en 1996.
Ses romans sont traduits dans plus d’une quarantaine de langues et son œuvre a été couronnée par de nombreux prix littéraires.
Il écrit ses romans directement en français bien qu’il y traite souvent la Russie avec toute la souffrance de son histoire.
Il a publié quinze romans sous le nom d’Andreï Makine, son dernier, paru en 2013 est celui d’Une femme aimée, mais avoue se sentir plus profondément ancré avec Gabriel Osmonde qu’avec Andreï Makine.
Le voyage d’une femme qui n’avait plus peur de vieillir est le premier roman qu’il publie sous le nom de Gabriel Osmonde, en 2001 ainsi que trois autres romans comme Les 20000 Femmes de la vie d’un homme, 2004; L’Oeuvre de l’amour, 2006; et Alternaissance, 2011, année où il a enfin révélé son identité. Pour lui, changer de nom lui a permis comme lui-même l’indique dans un entretien au Le Figaro de vivre à l’écart du brouhaba du monde, cheminer librement, aller plus loin et élargir le champ des questions jusqu’à l’ineffable.
En 2005 il obtient le Prix Lanterna Magica du Meilleur Roman Adaptable à l’Ecran pour La Femme qui attendait et en 2009 pour La Vie d’un homme inconnu.
Le 15 mai 2009 à Amstelveen près d’Amsterdam il assiste à la première mondiale de sa pièce Le Monde selon Gabriel mise en scène par la célèbre Murielle Lucie Clément, auteur de la thèse de doctorat Andreï Makine. Présence de l’absence: une poétique de l’art et chercheur autour de son œuvre.
Osmonde sort de l’ombre, entretien a Le Figaro
Makine et Osmonde
Esther Bruna
Club de Francès.
