Tahar Ben Jelloun, Partir
Il faudrait faire en sorte que personne ne se sente exclu de la civilisation commune qui est en train de naître, que chacun puisse y retrouver sa langue identitaire, et certains symboles de sa culture propre, que chacun, là encore, puisse s’identifier, ne serait-ce qu’un peu, à ce qu’il voit émerger dans le monde qui l’entoure, au lieu de chercher refuge dans un passé idéalisé.
Parallèlement, chacun devrait pouvoir inclure dans ce qu’il estime être son identité, une composante nouvelle, appelée à prendre de plus en plus d’importance au cours du nouveau siècle, du nouveau millénaire: le sentiment d’appartenir aussi à l’aventure humaine.
Amine Maalouf.
Chers lecteurs et lectrices,
Comme vous savez le premier livre du club démarre avec un voyage qu’initie Candide qui, expulsé de son paradis terrestre décrit la réalité de son époque en la parodiant sous toutes ses formes tout comme continuent à faire de nos jours les dessinateurs de vignette qui nous prouvent encore combien les problèmes n’ont pas vraiment changés depuis…
Ce mois-ci, avec Partir nous nous projetterons dans les années 1990 et suivrons cette fois-ci le périple d’Azel, jeune marocain qui va quitter son pays, sa ville Tanger, “volontairement”
grâce à Miguel, un riche espagnol homosexuel, qui devenant son “protecteur” lui facilitera un visa pour lui permettre de résider à Barcelone, mais hélas Azel ne réalise pas qu’en vendant son corps, il va perdre aussi son âme…
Partir, quitter cette terre qui ne veut plus ses enfants, tourner le dos à un pays si beau et revenir un jour, fier et peut-être riche, partir pour sauver sa peau, même en risquant de la perdre….
Une seule pensée obsède ces jeunes marocains, cette envie irrésistible de partir. Partir rejoindre cet eldorado pour lequel hommes et femmes sont prêts à tout…
Il me plait donc de clore la saison 2011/2012 avec ce livre pour que nous puissions comparer les similitudes qui existent entre nos deux personnages, Candide et Azel à propos de ce voyage intérieur et relever les passages où nous retrouverons dans ce livre comme dans celui que nous finissons de lire de Yasmine Khadra un thème qui chiffonne, meurtrit et cause un conflit interne très profond chez les personnes immigrées: celui de l’exil et la notion d’identité.
Je vous recommande aussi de lire si vous en avez le désir l’essai Les identités meurtrières” d’Amine Maalouf qui permet de se forger une réflexion sur le sentiment d’appartenance.
L’AUTEUR
Tahar Ben Jelloun, écrivain et poète marocain de langue française nait à Fès le 1er décembre 1944.
Il fait ses études primaires dans une école primaire arabo-francophone. Il est obligé d’interrompre ses études de philosophie à Rabat car il est soupçonné d’être le meneur d’une manifestation estudiantine.
Pendant deux ans il va être interné dans un camp disciplinaire de l’armée où il écrira en cachette son premier poème l’Aube des dalles.
Il continue ses études mais en 1971 l’enseignement de la philosophie est arabisé ce qui le contraint à partir en France pour suivre ses études supérieures où il pourra présenter sa thèse de doctorat en psychiatrie sociale qui lui servira pour la thèse de son essai La plus haute des solitudes, 1977, qui reflète la condition et la souffrance des travailleurs immigrés.
Avec La Nuit sacrée (1987) il reçoit le Prix Goncourt, roman qui suit L’Enfant de sable (1985).
Les thèmes de l’œuvre de cet écrivain sont réalistes et actuels, traduits dans de nombreuses langues et exposent les problèmes du racisme, de l’immigration, de la religion islamique etc…, et construisent le lien qui tente de favoriser l’entente et la coexistence entre les cultures.
Citons notamment son dernier essai L’Étincelle. Révoltes dans les pays arabes (2010), qui lui a valu le lauréat du Prix de la Paix Erich Maria Remarque et Le racisme expliqué à ma fille (1998) ou L’Islam expliqué aux enfants, qui le portent à dérouler des activités pédagogiques dans différents collèges européens où il est sollicité.
À VOUS DE COMMENTER:
Lorsqu’Amine rejoint l’Espagne, la dure réalité du mirage européen va briser son rêve infantile pour le confronter à sa fêlure et à sa souffrance morale.
Que penser de tous ces passeurs qui font commerce du rêve et dont le cynisme mène chaque année à la mort des dizaines de gens?
Esther Bruna
Club de Francès.
